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Venant des survivants pour les survivants
Il est clair que la communauté internationale
s'est sentie concernée envers les populations d'Aceh
et du nord de Sumatra. Tant de solidarité et de sympathie
nous redonnera au moins un peu d'espoir et de courage pour
continuer à lutter, à poursuivre la vie et à
donner le meilleur de nous-même avec toutes les forces
qui nous restent. Mais comment et par où commencer
quand nous sommes encore préoccupés par la pensée
de retrouver nos proches encore vivants quelque part, mélangée
au refus de croire qu'ils nous ont été enlevés
en un clin d'oeil en même temps que tous nos biens ?
Le plus gros défi est maintenant de
faire comprendre à la communauté internationale
qui sont les victimes du tremblement de terre et du tsunami.
Toute l'aide reçue est envoyée dans les camps
de réfugiés. Ceci est compréhensible
du fait que ce sont ces personnes ont le plus de besoins.
Cependant, nous devons aussi considérer ceux qui ont
fui vers leurs proches, leurs amis ou vers les villages ayant
survécu, que ce soit à Aceh même ou en
dehors. Beaucoup de victimes en ville venaient de milieux
ruraux alentours. C'est une particularité de notre
culture : en cas de gros problème, nous comptons sur
la famille. La famille est une institution forte et culturelle,
et les descendants depuis trois générations
sont considérés comme famille proche. Il est
rare qu'un Acehnais recherche de l'aide en dehors de ce cercle.
L'aide et le soutien de leur famille est la première
chose dont ils ont besoin, et c'est ce qu'ils vont rechercher
pour surmonter le traumatisme de leurs pertes. Par conséquent,
beaucoup de maisons de survivants dans le voisinage ou les
villages environnants sont devenus des lieux de réfugiés
non officiels pour des proches ayant tout perdu. Ils devront
faire face à de grands défis en réorganisant
leurs vies.
Les victimes oubliées
Etant Acehnais et témoin direct des
conséquences de ce désastre, je demande s'il
ne serait pas plus juste de garder une pensée et quelques
ressources pour ces groupes de victimes ayant fui vers leurs
proches amis et famille ou leur villages ? Peut-être
qu'en assistant et mobilisant ces personnes, la reconstruction
pourrait vraiment commencer, du fait qu'elles pourraient se
relever et reconstruire leur famille et leur environnement.
Ces groupes de survivants peuvent devenir activement impliqués
dans les efforts de l'après tsunami, et devenir des
stimulateurs locaux pour la reconstruction. Ils peuvent motiver
les autres pour s'impliquer dans la reconstruction de leurs
vies, au lieu de devenir des victimes passives attendant un
don charitable.
Pourquoi ? Parce que ces groupes de réfugiés
ont au moins un lieu relativement confortable où dormir,
ils ont des sanitaires, de la nourriture, de l'eau, et le
plus important, ils ont le soutien de leur famille. Ils sont
donc mieux équipés pour agir calmement et rationnellement,
malgré leurs souffrances. Cependant, si ces groupes
sont laissés de coté, combien de temps les familles
d'accueil vont-elles pouvoir supporter la charge supplémentaire
de leurs hôtes ? Les postes de distribution de nourriture
ne leur donneront rien en priorité car ils ne viennent
d'aucun camp de réfugiés, et ils ne recevront
donc pas d'aide. Pourtant, nos observations indiquent que
ces gens sont peut-être plus nombreux que ceux dans
les camps.
Impliquer les survivants
à se prendre en charge
Nous pouvons mobiliser ces groupes de survivants
pour qu'ils réorganisent leurs vies. Voici le cas d'un
programme d'assistance basé sur la famille que notre
groupe met en place en ce moment : un programme de mobilisation
des familles dans les villages où les réfugiés
ont fui, et où les infrastructures de base et sanitaires
existent encore. Ces groupes de réfugiés, une
fois la bonne aide et les instructions données, avec
le soutien apporté par les institutions et autres organisations
humanitaires, devraient revivre rapidement et devenir le moteur
de la reconstruction.
Maintenant, ce qui est nécessaire c'est de les écouter,
les laisser exprimer leur chagrin, montrer de la compréhension
et identifier avec eux ce dont ils ont besoin. Ensuite, il
faut leur donner quelque chose à faire pour les distraire
de leurs pensées pénibles, et les aider à
chercher du travail (renouvellement économique) au
milieu de toute l'aide envoyée à Aceh. Nous
devons empêcher les survivants du tremblement de terre
et du tsunami de redevenir des victimes une seconde fois,
quand l'euphorie de l'assistance et la solidarité humanitaire
s'arrêtera. Si durant cette période nous restons
des receveurs passifs de milliards de dollars d'aide humanitaire,
notre processus d'auto-rétablissement va s'affaisser.
Beaucoup de gens ici ont des compétences et une éducation
élevée et ils devraient contribuer aux efforts
de reconstruction. L'histoire nous a enseigné que notre
culture nous a rendu forts et persévérants lorsque
nous cherchions des solutions pour notre survie. Cette
fois, culture et résistance seront nos principes de
base pour la reconstruction de notre futur. Merci au Monde.
Azwar Hasan,
le 30 janvier 2005
Coordonateur de l'ONG Bangun Aceh
Partenaire local de Solidarité Indonésie
Traduit par Vivien Hoddé.
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