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Lettre de Java - 4
Tout avance assez vite et bien. Les villageois n’ont plus de
souci de nourriture à présent. Vendredi soir,
j’ai fréquenté les couloirs de
l’hôtel Mercure où logent toutes les
ONG, la presse etc… J’ai réussi
à récupérer deux males de
médicaments des Sapeurs Pompiers français qui
repartaient et ne voulaient remporter ces stocks (200kg) avec eux.
Comme toutes les notices sont en français, Sarah (ma fille)
a passé la journée d’hier à
traduire en indonésien la posologie de chaque
médicament et de tout classer sur son ordinateur.
J’ai rencontré aussi le directeur
régional de Carrefour (Carrefour s’est
installé depuis mars 2006 à Yogyakarta dans un
tout nouveau centre commercial qui a été
passablement endommagé par le tremblement de terre).
Carrefour et le groupe Accor ont livré plusieurs milliers de
repas gratuits aux hôpitaux de Yogyakarta pendant une semaine
et Carrefour a fait de la distribution de vivres dans les villages. Je
voulais demander à son directeur de nous offrir les
cartables et les fournitures scolaires pour les enfants de Bebekan car
tous reprennent l’école ce jeudi 8 juin. Mais il
m’a dit préférer s’engager
dans la reconstruction d’une école. Nous sommes
donc allés ensemble samedi matin voir
l’école primaire la plus détruite atour
du village de Bebekan. IL semblait intéressé et
doit me donner la réponse de sa direction cette semaine.
IL n’y a pas d’école dans le village
même de Bebekan. Les enfants sont
dispersés dans plusieurs écoles autour de
Bebekan. Ils sont 60 à être scolarisés,
de la maternelle au lycée, mais comme ils
fréquentent les mêmes écoles que les
enfants des 5 villages environnant, nous devons acheter des fournitures
scolaires (cahiers, crayons, cartables) pour l’ensemble de 5
villages, soit environ 250 enfants, car sinon cela ferait des jalousies
bien légitimes.
J’ai rencontré aussi au Mercure le directeur du
Centre Culturel Français de Surabaya qui m’a
proposé d’inviter à Bebekan un
marionnettiste français, Michel Lauber, qui fait en ce
moment une tournée en Indonésie. C’est
Michel Laubu qui a émis le désir de se produire
dans un village touché par le tremblement de terre. Sa
troupe est de Lyon et s’appelle Turak. Nous organisons donc,
demain mardi 6 juin, à 16h, une représentation de
marionnettes dans les ruines de Bebekan. Nous invitons les enfants de
tous les villages environnant et à la fin du spectacle, nous
ferons la distribution des fournitures scolaires, plus un
goûter.
Dimanche soir, j’ai organisé chez moi une
rencontre avec les 15 pompiers français de
l’association Pompiers Sans Frontière avec le
coordinateur des jeunes sauveteurs bénévoles
indonésiens de SAR (Search an Rescue) avec qui nous
travaillons à Bebekan. Les Pompiers Sans
Frontières sont en général des
pompiers professionnels mais qui prennent sur leurs vacances pour venir
en bénévole travailler sur des situations de
catastrophes naturelles. Ils ne font pas juste du secours, mais aussi
beaucoup de formation de secouristes ou pompiers, en particulier au
Pérou, et à Aceh lors du tsunami où
pendant des mois après le tsunami ils ont formé
30 pompiers indonésiens qui ont à
présent un haut niveau de compétence. Ils
étaient d’ailleurs hier soir avec quatre pompiers
d’Aceh qui sont venus secourir les victimes du
séisme de Yogya avec eux. Hier soir, les sirènes
d’alerte sur le volcan Merapi ont sonné pour
évacuer les villages à 4kms du sommet, sur le
versant est car de très longues coulées de laves
et nuées ardents, 6kms, se sont produites. Nous
étions tous ensemble à la maison, et les pompiers
sans frontières ont proposé à SAR
l’idée d’une formation à long
terme sur le secourisme autour du volcan Merapi. Il faut bien
sûr qu’ils présentent ce projet
à tous leurs membres et trouvent les fonds
nécessaires, mais nous restons désormais
étroitement en contact.
Du coup, ce matin, les pompiers français sont venus
à Bebekan, l’un étant
médecin, a organisé une visite
médicale pour toutes les personnes souffrant encore de
blessures ou de maladies diverses, tandis que les autres pompiers ont
observé comment les villageois ont commencé
à nettoyer les ruines et à démolir les
murs vacillants. Ils leur ont donné quelques conseils de
sécurité et pratiques, mais dans
l’ensemble, ils ont trouvé que les villageois
travaillaient parfaitement bien, bien que de manière
archaïque. Un des étudiants du SAR leur a
donné une grosse corde qu’ils glissent dans un
trou supérieur d’un mur à
détruire, qu’ils nouent puis à
plusieurs ils tirent sur la corde et le mur s’effondre. Ils
travaillent pieds nus, mains nues, sans masque. Les pompiers
français leur ont donné tous les masques qui leur
restaient et aujourd’hui nous leur avons acheté
des bottes en caoutchouc, des cordes supplémentaires et des
gants. Pour ce travail de déblayement, ils le font toujours
selon la tradition du « gotong-royong »,
c'est-à-dire de l’entraide villageoise. Tous les
hommes du village décident ensemble chaque jour de nettoyer
les ruines d’une maison, et quand le travail est
terminé, ils passent à la suivante. Ils vont en
avoir pour plusieurs semaines mais ils travaillent très
activement. Certaines femmes, également pieds nus dans les
ruines, récupèrent une à une au milieu
des débris, les briques encore intactes et les entassent
délicatement sur le côté pour les
recycler à la reconstruction. Les hommes
récupèrent aussi toutes les poutres, les tuiles,
c’est un travail de dentelle remarquable.
Les étudiants français
bénévoles venus le week-end à Bebekan
ont photographié tous les habitants devant leur maison. Le
combat dans quelques semaines va devenir un combat bureaucratique pour
obtenir auprès des autorités l’aide
promise par le gouvernement, à savoir 30 millions de
rupiah (2.800 euros) par maison détruite. Mais
personne ne sait encore comment cette procédure va se
passer. Les étudiants bénévoles
indonésiens de SAR qui campent dans le village de Bebekan
monteront « au front » de la bureaucratie
indonésienne pour aider les villageois à obtenir
cette aide. Aucun des habitants de Bebekan n’est un
fonctionnaire, tous sont des paysans sans terre, ouvriers
agricoles ou ouvriers dans le bâtiment, conducteur de
cyclo-pousse. Ils n’ont donc aucun accès
à la bureaucratie locale ni nationale. Ils n’ont
d’ailleurs à ce jour toujours reçu
aucune aide du gouvernement indonésien (sinon en 11 jours 50
kg de riz, 2 cartons d’huile et 4 couvertures) ni
d’ONG étrangère, si ce n’est
la visite médicale de Pompiers Sans Frontière.
Votre aide financière a été
fondamentale et les pompiers français ont
été surpris des progrès
réalisés dans ce village par rapport à
d’autres villages où ils sont intervenus.
Je continue donc à me rendre chaque jour à
Bebekan, les étudiants indonésiens me
transmettant au jour le jour les nouveaux besoins : câbles
électriques (plusieurs centaines de mètres),
support de néons etc… J’ai
demandé aux étudiants français et
indonésiens de conserver toutes leurs notes, photos, les
dessins d’enfants etc… pour dans quelques mois
peut-être publier un petit livre sur l’histoire de
Bebekan, sa destruction par le séisme, sa reconstruction,
son financement «artisanal » par un
réseau d’amis étrangers et par des
bénévoles de SAR sur le terrain au quotidien,
ainsi que l’histoire plus générale du
village, des ses habitants, de leur culture locale, de leurs traditions
et mythes.
A bientôt pour la suite de cette merveilleuse aventure,
Elisabeth D. Inandiak
Journaliste et Ecrivain
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